Fuera de la jaula

Fuera de la jaula

viernes, agosto 21, 2009

Elsa Drucaroff, sobre Muerta de hambre

Querida Fernanda, finalmente leí tu novela. Me tomé mi tiempo, es cierto, pero es que el corpus es inmenso y siempre se anteponía algo que era urgente. Ahora estoy saldando las cuentas pendientes porque ya estoy en la última parte del ensayo.

Me gustó mucho tu libro, es original, intenso y tiene un lenguaje fuerte. Creo que lo que lo vuelve muy original es que existe una tendencia en la escritura femenina a mirarse el cuerpo, el interior, a trabajar con la angustia subjetiva (algo muy justificado, por otra parte, porque la condición de mujer en este mundo es siempre incómodoa, angustiosa y como "desviada" de una normalidad que es siempre masculina), pero lo que vos hacés ahí es construirlo desde el humor, lo esperpéntico, lo delirante. En general esa tendencia se resuelve en escrituras poéticas y dolientes, en tu obra eso pasa de un modo diferente: hay angustia, hay dolor, pero con esa pátina constante de autoironía y de ironía hacia el mundo, y de juego.

Tu obra tiene una violencia sórdida y divertida a la vez, es una mezcla extraña. Lo que no es extraño a la narrativa de tu generación es el humor y la ironía (...)Trato de precisar lo extraño en Muerta de hambre: no es el humor, no es la ironía ni el sarcasmo, es la mixtura de eso con el dolor genuino, el amor, la poesía y el cuerpo. No es un libro livianito (a veces ese humor sirve a los escritores de estas generaciones nuevas para revolotear por superficies sin tocar nada dramático, no está bien o mal, todo depende, pero es así): es denso y por momentos a mí me angustió mucho.

Hay cosas que trabajás acá que se engarzan notablemente con mis líneas de lectura del corpus: una realidad que siempre se deshace y no se puede entender, un pasado que no se comprende, una posición existencial en la que el mundo es hostil e incomprensible y adultos que no pueden más que pensar en guardar sus secretos, masticar sus derrotas y ocuparse de ellos. Es raro, sacadas del contexto narrativo de tu novela, hay párrafos enteros que podrían ser epígrafes de ideas que yo tengo sobre la narrativa argentina de postdictadura.

Te hago una sola objeción: me parece que hay a veces momentos reiterativos, pequeños textos, en general poéticos, que repiten demasiado la misma idea. No me refiero a los instantes narrativos en que una misma escena vuelve a ocurrir, con mínimas variantes, eso está buenísimo, es pesadillesco, me refiero sobre todo a partes del final donde la narradora se lamenta un poco de más, se mira un poco el ombligo y me parece que el libro hubiera ganado sacando esos párrafos, no son muchos.

Última cosa: un alumno mío escribió una monografía muy interesante comparando las drogas en la literatura psicodélica, beatnik, en fin, en la moderna, y las drogas en la literatura de hoy. Llegaba entre otras cosas a la conclusión de que lo que antes se veía como un instrumento para el conocimiento y la híper sensibilización transgresora, ahora aparece para perderse, para salvarse del cuerpo, para irse, para neutralizarse, para salvarse de sufrir y de sentir. Me impresionó mucho que la comida, en tu novela, tuviera mucho más esa función que otra. No es la novela de una gorda que ama morfar, no hay ese placer delicioso en la carne masticada, en tragar, en incorporar. Se come con una compulsión angustiosa, se come para morir, se come para matar, se come de odio porque este mundo es una mierda, eso es extraordinario.

Un beso, seguimos en contacto, Drucky.

A continuación , la traducción al francés de la carta de Elsa, cortesía de Irene Meyer:
Elsa Drucaroff, à propos de “Muerta de hambre” (de Fernanda García Lao)
Chère Fernanda, j'ai finalement lu ton roman, j'ai mis le temps, il est vrai, mais le corpus est immense et il y avait toujours quelque chose qui s'interposait ou de plus urgente, maintenant je suis en tain de solder les comptes pendants parce que je suis dans la dernière partie de l'essai,

Ton livre m'a beaucoup plu, il est original, intense et à un langage fort. Je crois que ce qui le rend tellemnt original est qu'il existe une tendance dans l'écriture féminine à regarder le corps, l'intérieur et travailler avec l'angoisse subjective ( quelque chose de très justifié, par ailleurs, parce que la condition de femme dans ce monde est toujours inconfortable, anxiogène et comme “dévié” d'une normalité qui est toujours masculine), mais ce que tu fais ici est de le construire depuis l'humour, le grotesque, le délirant. En général cette tendance se résout dans des écritures poétiques ou pleureuses, dans ton œuvre cela se passe d'une manière différente: il y de l'angoisse, de la douleur, mais avec cette patine constante d'auto-ironie et d'ironie envers le monde, et de jeux.

Ton œuvre à une violence sordide et est très amusante en même temps, c'est un mélange étrange. Ce qui n'est pas étrange dans les récits de ta génération c'est l'humour et l'ironie (…) . J'essaye de préciser l'étrange dans “Muerta de Hambre”: ça n'est pas l'humour, ça n'est pas l'ironie ni le sarcasme, c'est le mélange de tout cela avec la douleur vraie, l'amour, la poésie et le corps. Ce n'est pas un livre léger, léger (parfois cet humour sert aux écrivains des générations nouvelles, pour voltiger sur les surfaces sans toucher à rien de dramatique, ça n'est pas bien ou mal, cela dépend, mais c'est ainsi): c'est dense et par moments il m'a beaucoup angoissé.
Il y a des choses sur les quelles tu travailles ici, qui s'enchâssent parfaitement avec mes lignes de lecture du corpus: une réalité qui se défait toujours et qu'on en peut entendre, un passé qu'on en peut comprendre, une position existentielle dans laquelle le monde est hostile et incompréhensible et des adultes qui en peuvent faire autrement que garder leurs secrets, ruminer leurs défaites et ne s'occuper que d'elles. C'est étrange, sorties du contexte narratif de ton roman, il y a des paragraphes entiers qui pourraient être épigraphes d'idées que j'ai sur le récit argentin de l'après-dictature.
Je ne te fais qu’une seule objection : il me semble qu’il y a parfois des moments répétitifs, petits textes, en général poétiques, qui répètent trop la même idée. Je ne me réfère pas aux moments narratifs ou une scène se répète avec des variantes minimes, ça c’est très bon, c’est cauchemardesque ; je me réfère surtout aux parties, près de la fin, où la narratrice se lamente un peu trop, se regarde un peu trop le nombril et il me semble que le livre aurait gagné en enlevant ses paragraphes ; il ne sont pas nombreux.
Dernière chose : un de mes élèves a écrit une monographie très intéressante comparant les drogues dans la littérature psychédélique, beatnik, en fin, moderne et les drogues dans la littérature d’aujourd’hui. Il arrivait, entre autres, à la conclusion qu’avant on la voyait comme un instrument pour la connaissance et l’hypersensibilisation transgressive, alors que maintenant elle apparaît pour se perdre, pour s’évader du corps, pour s’en aller, pour se neutraliser, pour échapper à la souffrance et au sentiment. Ce qui m’a beaucoup impressionné dans ton roman, est que la nourriture aurait beaucoup plus cette fonction qu’une autre. Ce n’est pas le roman d’une grosse qui aime se bâfrer, il n’y a pas ce plaisir délicieux de la viande mastiquée, de l’avaler, de l’incorporer. On mange avec une compulsion angoissante, on mange pour mourir, on mange pour tuer, on mange par haine parce que ce monde est une merde, et c’est ça qui est extraordinaire.

(Merci, Irene)