Fuera de la jaula

Fuera de la jaula

miércoles, septiembre 30, 2015

Séminaire du CRICCAL: la sauvagerie au miroir de la fiction

Université Sorbonne Nouvelle
Paris 3


Espagnol/Etudes hispaniques et hispano-américaines

Séminaire du CRICCAL: la sauvagerie au miroir de la fiction
Responsable(s)
LE CORRE Herve

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Objectifs
À l’instar du « barbare », dont il faut cependant le distinguer, le « sauvage » est le produit d’une construction discursive, essentiellement occidentale, dans le cas de l’Amérique latine. Si, comme le rappelle Leopoldo Zea (Discurso sobre la marginación y la barbarie), c’est le logos qui produit le barbare, l’autre de la culture pour les Grecs, celui qui est hors la loi pour les Romains, ou encore celui qui n’a pas ou pas encore entendu le Verbe pour les chrétiens, le sauvage est caractérisé par son appartenance à un monde, à des formes de penser, de sentir et d’agir radicalement différentes, retranchées, de celles du « civilisé », plus proches de la « nature » (comme s’il existait une humanité échappant à la médiation symbolique…), dans un spectre qui va du « bon sauvage » au cannibale.

Il apparaît cependant que ces catégories sont réversibles, ou tout au moins, que les paradigmes qui régissent les représentations sont susceptibles de multiples déplacements. Nous nous proposons donc d’analyser, au cours du séminaire, les différentes constructions discursives qui, en Amérique latine, président à ces configurations, celles de la « figure » du sauvage autant que les délimitations des « territoires » de la sauvagerie.
L’histoire des discours tenus sur le sauvage et la sauvagerie en Amérique latine est déjà longue. Nous nous attacherons à en examiner quelques modalités telles qu’elles se sont construites à partir du 19ème siècle en particulier. Plusieurs champs peuvent étayer cette démarche, depuis les discours législatifs, administratifs ou étatiques, aux approches ethnologiques ou anthropologiques en pasant par les approches artistiques et littéraires, sans que ces divisions soient étanches, avec de nombreux cas de polygénérisme textuel.
Contenu
Plusieurs axes ont été évoqués, synthétisés ici:
La reprise ou réécriture des figures du sauvage et de la sauvagerie, telles que les posent, par exemple, les discours des Chroniqueurs depuis la Conquête, ou, au 19ème siècle, la taxonomie racialiste ou ethno-sociale. La littérature du 20ème siècle est particulièrement féconde en reprises, souvent parodiques, des Chroniques (García Márquez), ou joue avec les dichotomies idéologiques (comme dans Ema la cautiva, de César Aira). Un roman comme Los pasos perdidos de Carpentier, pose, d’une autre façon, la question du « sauvage », de « l’origine/originaire ».
La figure du sauvage nous semble occuper une place stratégique dans un ensemble aux contours sans doute flous, que nous pourrions cependant appeler le « discours de la décolonisation ». En détournant les discours sur le sauvage et la sauvagerie, en les resignifiant, pour fonder de nouvelles configurations discursives et politiques ; ceci sans renoncer à assumer une certaine conflictivité, une appartenance multiple, parfois contradictoire qui, peut-être, contribue à déconstruire le discours assimilateur du métissage. Un texte comme Discurso salvaje (1980) du vénézuélien Briceño Guerrero, repris dans El laberinto de los tres minotauros, qui « décompose » le « notre (Amérique) » martinien en un « nos-otros », tendu par ses contra-dictions, ou le livre de Carlos Rangel, Del buen salvaje al buen revolucionario (1976), se situent dans cette mouvance réflexive, qui s’appuie en particulier sur la forme hétérogène et polyphonique de l’essai.
La figure du sauvage ou le monde de la sauvagerie opèrent indéniablement une fascination et motivent des changements expérimentaux de paradigme dans les représentations sociales et culturelles : l’aspiration à la sauvagerie, le retrait d’une société rythmée par le « progrès » technologique, mais aussi « écocide », et l’uniformisation des modes de vie, explique peut-être cette tentation du « retour », un retour qu’il faudrait cependant se garder de considérer comme simplement régressif. La rupture qui peut motiver une telle démarche peut autant prendre les formes d’une nostalgie holiste que se manifester comme dissensus, par la violence « sauvage », le changement de code qu’elle inaugure.
Depuis plus d’un siècle, en particulier avec les avant-gardes historiques, la production plastique, musicale, littéraire travaille (avec) le « primitif », l’originaire. Il ne s’agit pas d’une recherche essentialiste, mais bien d’une praxis, à partir de matériaux de construction, pour un imaginaire propre à chaque œuvre. Face à l’emprise idéologique, la désaliénation par le travail de l’imaginaire ? Ou bien une neutralisation, l’usage de « motifs » qui scandent un rythme recouvré. Ou encore, à l’image des « péninsules détachées » rimbaldiennes, l’écart libérateur. Les discours (plastiques, littéraires, musicaux…) sont traversés dès lors par les forces invoquées, par la violence régénératrice d’un shamanisme réinventé, une nouvelle version du sacré ? La carnavalisation qui opère dans le cadre de l’anthropophagie brésilienne offre un exemple majeur de cette violence libératrice. Posé ainsi, la problématique qui semble s’élargir à des catégories qui, au-delà d’une possible spécificité latino-américaine, s’ouvrent à une perspective qui concerne le vaste champ des productions artistiques contemporaines, opère cependant dans un espace privilégié, une mémoire collective striée par les marques de l’esclavage et de la destruction.
Enfin, dans le cadre plus spécifique d’une interrogation sur la « sauvagerie », il conviendrait peut-être d’examiner en quoi celle-ci se projette, hors du cadre ethnique, anthropologique ou esthétique, comme modalité pulsionnelle, par exemple sous forme de rituel ou encore sert de marqueur idéologique pour caractériser certains comportements sociaux (marginalité, violence urbaine, terrorisme, etc.) dans les sociétés latino-américaines. Comment construit-on cette nouvelle sauvagerie, ces nouveaux sauvages comme acteurs sociaux ?
Horaires

Les séances se déroulent le samedi à 10h30. 

Prochaines séances:

Séance exceptionnelle le mardi 29 septembre 2015 à 19h, avec les romanciers Fernanda García Lao et Guillermo Saccomanno, de passage en France. Cette rencontre aura lieu à Censier (13, rue Santeuil, 75005 Paris) en salle D 012 (batiment de gauche dès l'entrée sur le parvis).