Fuera de la jaula

Fuera de la jaula

lunes, junio 17, 2013

La main de l'autre

La peau dure de Fernanda Garcia Lao aux éditions La dernière goutte
ZIBELINE
http://www.journalzibeline.fr/




Le thème de la main qui échappe à son propriétaire et connaît une vie propre, est récurrent en littérature. Manière de s’observer, de se trouver autre tout en étant soi-même, introspection qui dessine les limites de notre connaissance curieusement dans le domaine qui devrait nous être le plus familier, nous-mêmes… L’auteure argentine, Fernanda Garcia Lao, en compose un court roman construit sous la forme d’un journal intime. L’ellipse y règne en maître : de longs mois sont oubliés, le décompte des jours est absent, mais les têtes de chapitre, toutes baptisées du nom d’un mois, annoncent le titre des sous parties, avec une clarté obscure qui titille l’imaginaire du lecteur, «passion mise à tremper», «des raviolis dans la pénombre», «peinture fraîche»… La narratrice a une vie qui semble ne connaître que des impasses, comédienne sans engagements, vie sentimentale qui pourrait ressembler à une chanson de Fréhel… jusqu’à un accident stupide, manque de soins au départ qui correspond à l’état de son existence, Violeta se retrouve à l’hôpital, amputée d’une main et bénéficiaire d’une première mondiale, la greffe. À qui cette main appartenait-elle ? Elle semble avoir une vie propre. Notre personnage très romanesque va tenter de le découvrir, ce qui donne la dimension d’une enquête policière au texte. Son imagination débordante nourrie de cinéma et de littérature la pousse à élaborer les hypothèses les plus rocambolesques. On sourit beaucoup, on se laisse porter par cette fausse légèreté. La peau dure, on retrouve le titre du roman dans une citation au cœur du roman, un extrait de Copi : tout l’art de Fernanda Garcia Lao est d’avoir su transposer l’esprit du dramaturge dans le domaine romanesque.
MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2013
La peau dure
Fernanda Garcia Lao
La dernière goutte, 16 €